Touche pas à ma Marseillaise!

Dimanche dernier, comme beaucoup, j’ai profité du doux soleil qui est venu nous réchauffer un peu. Invitée chez des amis, autour d’une grande table en extérieur, les odeurs de barbecue ont donné à cette journée un agréable avant-gout d’été un peu avant l’heure.

Voilà qu’arrive le temps du café. Je ne sais pourquoi, la discussion qui n’avait pas emprunté le chemin de la politique, comme ça peut arriver souvent, a pris une tournure étonnante. Je ne saurais dire comment le sujet de notre hymne national s’est invité en cette fin de repas, entre une part de tarte aux fruits et le traditionnel «petit noir».

Une majorité des convives, emmenée par la logorrhée d’un enseignant très remonté par une bonne consommation de vin rosé, semblait acquiescer que la Marseillaise est un chant guerrier et violent. Que certains de ses vers sont indignes, et que nous serions bien avisés d’en changer purement et simplement, ou pour le moins, de faire disparaitre les mots jugés odieux et nauséabonds! Interloquée par les propos tenus, mon sang n’a fait qu’un tour, et, bien seule au début, me voilà partie dans la défense de notre hymne, et dans une explication de texte, puisque visiblement, même un enseignant, n’a pas su en comprendre le sens. Cela est d’autant plus affligeant, que la Loi Fillon, visant à réformer l’éducation et adoptée en mars 2005, rend obligatoire l’apprentissage de La Marseillaise en maternelle et primaire, à l’instar de nombreux pays. Mais comment cet enseignant peut-il apprendre à de jeunes enfants un hymne qu’il haït profondément par une incompréhension, réelle ou simulée, de ses paroles? Combien de jeunes esprits trompés, inconsciemment ou volontairement?

Alors, pour tous ces incultes, ignares de leur propre histoire, dont aucun de mes fidèles lecteurs ne fait évidemment partie, il m’a semblé nécessaire de leur prodiguer une petite leçon pour qu’ils se couchent moins bêtes!

Oui! La Marseillaise est un chant guerrier, directement hérité des guerres révolutionnaires. C’est un hymne à la Liberté, au sacrifice, au pays, à la République. La France révolutionnaire lutte pour sa survie et combat les armées de la Première Coalition, soutenues par l’armée des émigrés voulant restaurer l’Ancien Régime. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, Rouget de Lisle, capitaine du Génie en poste à Strasbourg, compose le « Chant de guerre pour l’armée du Rhin », pour encourager les troupes. Alors que les fédérés marseillais, qui l’ont adopté comme chant de marche, entrent triomphalement aux Tuileries le 30 juillet 1792 en le chantant, la foule parisienne, séduite, s’en empare et le rebaptise spontanément en «La Marseillaise».

Aujourd’hui, certains, déployant un tragi-comique émoi larmoyant, critiquent vertement les paroles de la Marseillaise, et notamment le vers Qu’un sang impur abreuve nos sillons. L’idée, développée selon eux, est que la référence au sang impur pour désigner le sang de l’ennemi venu de l’étranger, a une connotation sauvage et raciste insupportable.

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une imposture! Une manipulation idéologique! Une tromperie!

En réalité, le fameux sang impur, désigne le sang du peuple de France. En opposition au sang pur ou bleu de la noblesse, venue en renfort de l’étranger, contre laquelle il se bat pour sauver la Révolution et la France. Rien donc de raciste ou de sauvage! Les vaillants révolutionnaires, paysans pour la plupart, se donnaient du baume au cœur, dans un chant qui exhorte au sacrifice de soi, pour défendre leur terre et leur liberté sur des champs de batailles labourés ou creusés de tranchées, les sillons. C’est bien le sang des révolutionnaires qui abreuve la terre de France, dans un sacrifice ultime, qu’il me semble totalement inconvenant de de dévoyer!

Même Victor Hugo, le confirme indirectement dans son célèbre roman Les Misérables, quand le personnage Gavroche interprète «En avant les hommes! Qu’un sang impur inonde les sillons! Je donne mes jours pour la patrie, je ne reverrai plus ma concubine… Mais c’est égal, vive la joie! … J’en ai assez du despotisme».

Mais peu importe à nos nouveaux philosophes des «forces de progrès», et aux «chances pour la France»… Véhiculer sciemment une contre vérité donne de l’eau à leur moulin, alimente le fonds de commerce de leur idéologie! Déjà, Jaurès, publiait en 1903 dans La Petite République Socialiste, une charge contre le sang impur de la Marseillaise, lui préférant les paroles de l’Internationale, dont il faisait une promotion immodérée! Et pour nourrir la désinformation, toutes les références au sang impur, maniées par les orateurs lors de la Convention Nationale sont exhumées, comparant sans scrupule, dans un amalgame douteux, la parole politique et ses excès avec la pureté du sacrifice ultime de notre hymne!

Les jeunes footeux, tôt sortis du monde scolaire pour taper le cuir, sont instrumentalisés et font honneur à leur QI de poule en refusant de chanter l’Hymne National. Des intellectuels autoproclamés proposent régulièrement de modifier la Marseillaise, autant dire sans détour qu’ils proposent simplement de réécrire l’histoire!!! Le monde des arts et de la culture fait régulièrement une sortie sur le sujet, comme le petit comique qui ne sort jamais la main de sa poche, et son mépris affiché pour la France. Les instituteurs et les profs dédaignent la Loi et n’enseignent pas ce qu’ils jugent barbare au nom du dogme soixante-huitard qui a bercé leur jeunesse, ou qui enchante le rêve des plus jeunes! Même Boutin, en perpétuel mal d’audience, s’y est mise en 2007 au prétexte de rendre le chant «moins sanguinaire et moins révolutionnaire»!? Elle est un peu l’OVNI de cet aréopage de négationnistes mondains et militants. Rappelons-nous que récemment, elle prenait pour argent comptant, les propos du site parodique «Le Garofi»… Nous dirons donc qu’elle est bien «gentille», la Christine.

A part cette dernière, quel est leur point commun à tous? L’ignorance? Pour ma part, je penche plus pour un activisme acharné, drapé d’une asepsie totalitaire, qui œuvre sans relâche à détricoter les valeurs de la France. Ainsi, pour eux, avoir le sentiment patriotique, c’est être «facho»! Être fiers du drapeau, c’est être passéiste! Défendre la famille, c’est être «réac»! Être catholique, c’est être intégriste! L’instruction civique, c’est le la morale de bigot! Chanter la Marseillaise, c’est être sauvage et raciste!

C’est assez! Si je pardonne volontiers à l’inculte, le poison des perfides comploteurs me révulse. Face à cette gangrène idéologue, qui déconstruit sournoisement notre modèle sociétal, qui va faire entrer un déserteur au Panthéon, j’espère que nous serons nombreux le jour où il faudra défendre notre patrimoine historique et culturel! A nous montrer dignes et fiers de ceux qui ont sacrifié leurs vies en abreuvant la terre de France de leur sang impur! A honorer ce peuple de France, nos ancêtres de souche, qui ont bâti la République! Nos racines ont baigné dans ce sang impur des patriotes français pour notre liberté d’aujourd’hui!

Touche pas à ma Marseillaise!!!

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5 réflexions au sujet de « Touche pas à ma Marseillaise! »

  1. Non, le « sang impur » ne désignait pas les soldats républicains, mais bien les contre-révolutionnaires ; les soldats de la coalition, les rois, les prêtres, les royalistes etc… . Aucun historien ne défend votre théorie qui est d’ailleurs contredite par les textes de l’époque. Donc avant de traiter les autres d’incultes…

    « J’ai démontré la nécessité d’abattre quelques centaines de têtes criminelles pour conserver trois cent mille têtes innocentes, de verser quelques gouttes de sang impur pour éviter d’en verser de très-pur, c’est-à-dire d’écraser les principaux contre- révolutionnaires pour sauver la patrie. »
    — Jean-Paul Marat, Journal de la République française, le 7 novembre 1792.

    « Cette partie de la République française présente un sol aride , sans eaux et sans bois; les Allemands s’en souviendront, leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate qui en est abreuvée. »
    — Discours de Dumouriez devant la Convention nationale, le 10 octobre 1792.

    « Nous sommes ici à exterminer le restant des chouans, enfouis dans des bois ; le sang impur des prêtres et des aristocrates abreuvent donc nos sillons dans les campagnes et ruisselle à grands flots sur les échafauds dans nos cités. Jugez quel spectacle est-ce pour un républicain animé, comme je le suis, du plus pur amour du feu le plus sacré de là liberté et de la patrie qui brûle dans mes veines. »
    — Lettre de Cousin à Robespierre, à Cossé le 27 nivôse an II (16 janvier 1794).

    « Eh bien, foutre, il n’en coûtera pas plus pour anéantir les traîtres qui conspirent contre la République. La dernière heure de leur mort va sonner; quand leur sang impur sera versé, les aboyeurs de l’aristocratie rentreront dans leurs caves comme au 10 août. »
    — Jacques-René Hébert, Le Père Duchesne

    « Quel espoir peut rester à l’empereur et au roi d’Espagne depuis que la justice nationale a scellé la liberté française par le sang impur de ses tyrans? »
    — Discours de Jacques Nicolas Billaud-Varenne devant la Convention nationale, le 20 avril 1794.

    « C’est au Dieu des armées que nous adressons nos vœux : notre désir est d’abreuver nos frontières du sang impur de l’hydre aristocrate qui les infecte : la terreur est chez eux et la mort part de nos mains. Citoyens ! nous serons vainqueurs. »
    — Lettre écrite par 45 volontaires du 3e bataillon de la Meurthe à la municipalité de Lunéville, le 10 août 1792.

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    • Recopier Wikipedia reste un argument un peu court! Surtout quand on sait le nombre incalculable d’énormités véhiculées par cette « encyclopédie » collaborative. Sur le fond, comme beaucoup, vous associez opportunément, le texte et l’esprit de l’œuvre avec la verve au sein de la Convention, ou chacun rivalisait d’excès dans un égocentrisme démesuré. Et c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui, où nos parlementaires dérapent quotidiennement dans des propos souvent déplacés, très éloignés de la réalité! Enfin, si vous prenez la peine de vous renseigner un peu plus sur le sujet, vous découvrirez que les historiens qui mettent à mal votre croyance populaire sont légion, et que le nombre d’ouvrages qui traitent le sujet dans le sens de mon billet sont nombreux… Moins nombreux certes que les idéologues qui trouvent un intérêt à dénoncer la Marseillaise afin de faire vivre leurs fonds de commerce! Ne leur en déplaise, ne vous en déplaise, l’histoire ne se réécrit pas!

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      • Cher Janeaymard,
        Pouvez-vous donner vos sources : les noms des « historiens » qui soutiennent sérieusement cette théorie très nouvelle : le sang impur = le sang des patriotes défenseurs de la liberté.
        Je fais un travail de recherche depuis plusieurs années sur les origines de la création de la Marseillaise dans son contexte révolutionnaire et je n’ai jamais lu dans les centaines d’ouvrages et archives consultés de 1792 à 2003 cette hypothèse. Mais je reste très ouvert…
        Merci de ne pas oublier de me répondre.
        Bien à vous,
        Pierre Ménager

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        • Bien cher Pierre,
          Je suis très étonnée que vos recherches auto-décrites comme assidues ne vous aient pas mené aux réflexions de:
          – Dimitri CASALI, historien et essayiste. Spécialiste du Premier Empire, diplômé de Paris IV-la Sorbonne, directeur de collection dans la presse et l’édition.
          – Frédéric DUFOURG, conférencier, Docteur ès Lettres, enseignant, éditeur, libraire, diplômé en Lettres modernes, Histoire de l’Art et Philosophie.
          En quelques clics, vous pourrez aisément compléter la liste par des personnalités politiques, mais aussi des journalistes, des artistes… Bref, tous ceux qui refusent de se laisser enfermer dans l’idéologie sournoise et bien pensante qui prétend réécrire l’histoire à coups de symboles et de principes, guidés par un émoi ridiculement instrumentalisé! Les mêmes manipulateurs, pour mémoire, ont, toujours au nom de leur idéologie crasse, transformé la laïcité en religion et en arme de destruction massive des valeurs, de l’histoire et de l’identité française. Illustration de leur inutilité patente, cette bruyante poignée d’illuminés que je décris dans mon billet, est inaudible et n’intéresse personne. Hé oui… Cela fait plus d’un siècle que régulièrement la controverse est alimentée sur notre hymne, et aucun dirigeant en charge ne s’est risqué ne serait-ce que d’envisager le remettre en cause. Heureusement pour la France, malheureusement pour votre pathétique croisade, l’actualité a réveillé la populace qu’il sera plus difficile de berner…
          Salutations empressées,
          Jane

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